Caroline | atelier de calligraphie à Paris, le 17 mai 2025.

Caroline

atelier
, -
47€ /pers.

Association de Gestion Maison Saint-Michel 3 Place Saint-Jean, 75017 Paris

Accessible au niveau débutant, (le matériel vous sera prêté)

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À la fin du VIIIe siècle, alors que Charlemagne règne sur un vaste empire s’étendant à travers plusieurs pays d’Europe, l’écriture Caroline fait son apparition. Cette innovation s’inscrit dans un projet plus large de l’empereur franc: développer l’instruction pour permettre aux laïcs d’accéder à la lecture et à l’écriture. Jusqu’alors, ce savoir reste l’apanage des moines copistes travaillant dans les scriptoriums, ces ateliers monastiques où sont produits les manuscrits.

Admonitio Generalis, Capitularia, leges et varia de Carolo Magno, Manuscrit, Abbaye Saint-Rémi de Reims, Bibliothèque nationale de France

Admonitio Generalis, Capitularia, leges et varia de Carolo Magno, Manuscrit, Abbaye Saint-Rémi de Reims, Bibliothèque nationale de France

Dans le capitulaire Admonitio Generalis, texte dans lequel sont répertoriées certaines mesures législatives et administratives voulues par Charlemagne, le chapitre 72 ordonne aux prêtres d’apprendre à lire, à écrire et à compter aux enfants dans tous les monastères et évêchés du royaume pour des besoins administratifs et d’évangélisation.

C’est dans ce contexte de réforme éducative que la minuscule caroline (ou carolingienne) voit le jour. Elle succède à l’écriture mérovingienne et puise son inspiration dans l’onciale et la semi-onciale irlandaise, introduites dans les monastères européens par les moines irlandais au cours de leurs missions d’évangélisation. Comme toute écriture, la caroline est le résultat d’une longue maturation. Avant sa standardisation, on observe différentes formes de minuscules pré-carolingiennes dans les scriptoriums européens. La Bible de Maurdramne contient la première trace connue de cette nouvelle graphie. Sous l’impulsion de Charlemagne, la minuscule caroline s’impose progressivement dans l’ensemble des scriptoriums de l’empire.

Bible de Maurdramnus, Manuscrit, France du nord (Corbie, abbaye Saint-Pierre), Amiens, BM

Bible de Maurdramnus, Manuscrit, France du nord (Corbie, abbaye Saint-Pierre), Amiens, BM

Après la disparition de l’empereur, ses successeurs perpétuent la tradition en commandant des manuscrits carolingiens, notamment pour offrir des présents de prestige à des princes ou des ambassadeurs. Ces ouvrages voyagent ainsi à travers tout l’Occident, propageant le modèle caroline. Les Xe et XIe siècles marquent une étape importante: des espaces se créent entre les mots et un système de ponctuation émerge. Ces innovations répondent à une évolution des pratiques de lecture. Auparavant, seuls les hommes d’Église lisaient, et toujours à voix haute. Avec le développement des écoles, le lectorat s’élargit et la lecture silencieuse, visuelle, se répand. L’ajout de ponctuation et d’espaces devient alors indispensable pour faciliter cette nouvelle forme de lecture.

Evangelia quattuor, (Évangiles de Saint-Martin-de-Tours), Manuscrit, Abbaye Saint-Martin de Tours, Bibliothèque nationale de France

Evangelia quattuor, (Évangiles de Saint-Martin-de-Tours), Manuscrit, Abbaye Saint-Martin de Tours, Bibliothèque nationale de France

Au XIIe siècle, l’art du manuscrit carolingien atteint son sommet: la minuscule caroline se perfectionne, la disposition du texte s’harmonise et les enluminures atteignent des sommets de raffinement. Mais un changement s’annonce. Vers la fin du XIIe siècle, la bourgeoisie marchande, de plus en plus puissante, conteste le monopole de l’Église sur le savoir et l’enseignement. Des scribes laïcs commencent à produire manuscrits et actes officiels. Ils établissent des ateliers et forment des guildes pour organiser leur activité. Progressivement, une nouvelle écriture émerge et finit par détrôner la caroline: la gothique textura. L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. Durant la Renaissance italienne des XIVe et XVe siècles, les humanistes, dans leur quête de retour aux sources antiques, redécouvrent la minuscule caroline. Ils s’en inspirent pour élaborer l’écriture humanistique, qui devient le standard de leur époque.

De ira (Oeuvres variées), Sénèque , Manuscrit, Florence,  Bibliothèque nationale de France

De ira (Oeuvres variées), Sénèque , Manuscrit, Florence, Bibliothèque nationale de France

Minuscule caroline: que signifie ce nom?

Dans les scriptoriums, les moines copistes organisaient le texte selon une stricte hiérarchie visuelle. Les lettres capitales (majuscules), aux formes angulaires ou semi-angulaires, marquaient les titres principaux. L’onciale distinguait les en-têtes de chapitres. Les majuscules rustiques signalaient les titres secondaires. Quant à la minuscule caroline, elle constituait le corps du texte. Ses lettres rondes et clairement tracées offraient une lisibilité remarquable, qualité qui explique son succès durable dans tout l’Occident médiéval.

Sacramentarium Sancti Dionysii (Sacramentaire de Saint-Denis), Manuscrit, Abbaye de Saint-Amand-en-Pévèle, Bibliothèque nationale de France

Sacramentarium Sancti Dionysii (Sacramentaire de Saint-Denis), Manuscrit, Abbaye de Saint-Amand-en-Pévèle, Bibliothèque nationale de France

Bibliographie

  • Trésors carolingiens, Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve, Marie-Pierre Laffitte et Charlotte Denoël avec la collaboration de Marianne Besseyre, Bibliothèque nationale de France, 2007
  • L’écriture, Charles Higounet, PUF, collection Que sais-je?, 2022
  • Histoire de l’écriture, De l’idéogramme au multimédia, sous la direction de Anne-Marie Christin, Flammarion, 2011
  • Histoire de l’écriture, Donald Jackson, Denoël, 1982
  • La “Renaissance carolingienne” par Marie-Pierre Laffitte

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